Contexte de l'interview
Enregistré en 2014, cet entretien réunit Frédéric Marc et Éric Jean-Jean autour d'un parcours construit depuis Bordeaux : la Radio du Pays Blayais d'abord, où un lycéen tripote les platines et se fait mettre à la porte du studio avant de revenir le samedi suivant pour ne plus repartir ; 8FM ensuite, où Christophe Sabot le forme à l'ancienne, cassette après cassette, chaque matin après l'émission ; NRJ puis RTL, où il devient l'une des voix les plus attendues de la radio musicale française.
Cette rediffusion permet de retrouver Éric Jean-Jean tel qu'il était au moment de l'enregistrement : un homme de radio discret, peu visible dans le monde des gens de radio, mais profondément attaché à la parole des artistes qu'il interviewe depuis plus de trente ans.
Résumé de l'entretien
L'entretien s'ouvre sur l'enfance bordelaise et ce radio-réveil Optalix offert pour la communion solennelle - grande ondes uniquement - où le jeune Éric découvre la nuit Zegut et son Wango Tango sur RTL, George Lang sur cette même antenne qui sera la sienne, et Stéphane Collaro sur Europe 1. Une révélation. Un copain de lycée, Franck Duré, l'emmène un samedi à la Radio du Pays Blayais. Il se fait virer du studio pour avoir tripoté les platines. Le samedi suivant, il commence à antenne et n'arrêtera plus.
Le coeur de la formation, c'est 8FM et Christophe Sabot. Chaque matin après l'émission, Sabot et lui écoutent la cassette ensemble. Chaque mot est disséqué. Pourquoi dire "bonsoir à toutes et à tous" quand l'auditeur est seul dans sa salle de bain ? La couleur de la chemise du chanteur, on s'en fiche. Eric Jean-Jean décrit cet apprentissage à l'ancienne avec une admiration intacte. Julien Courbet est à 8FM en même temps - il le regarde répéter ses interventions dans son casque, encore et encore, pour tenir jusqu'à la chute. Fascinant.
Sur NRJ, il enchaîne les grandes interviews : Madonna, McCartney, les plus grosses stars musicales. Il raconte la seule fois où l'enjeu l'a écrasé : sa deuxième interview, c'était Madonna. Il voulait du son plutôt que des réponses. Il ne recommencera plus. Philippe Labro à RTL lui apprend ensuite l'art de l'interview en profondeur - un court speak vaut mieux qu'un long discours.
L'entretien se conclut sur ce que sera la radio de demain : une radio d'homme, de spécialistes qui savent vraiment de quoi ils parlent. Quand Spotify donne la musique qu'on veut sans pub, la seule plus-value de la radio c'est la parole - quelqu'un qui te parle vraiment, qui sait pourquoi il a mis ce disque-là.
5 temps forts de l'épisode
- Le radio-réveil Optalix de la communion solennelle : Zegut, George Lang, Stéphane Collaro, et l'envie soudaine de faire l'imbécile de manière professionnelle
- 8FM et Christophe Sabot : les séances de débrief quotidiennes à la cassette, un apprentissage à l'ancienne qui l'a construit de A à Z
- Madonna sur NRJ : la seule fois où Éric Jean-Jean a été écrasé par l'enjeu - il voulait du son, pas des réponses. Il ne s'y laissera plus jamais prendre
- RTL et Philippe Labro : un court speak vaut mieux qu'un long discours - apprendre l'interview en profondeur sur la première radio de France
- La radio de demain : quand Spotify remplace la playlist, la seule plus-value c'est quelqu'un qui sait pourquoi il a mis ce disque-là
Sujets abordés
- La Radio du Pays Blayais et Studio 2000 Bordeaux : premiers micros, premières platines
- 8FM et Christophe Sabot : la formation à l'ancienne, la cassette quotidienne, Julien Courbet en voisin de studio
- NRJ : les grandes interviews pop et rock, Madonna, McCartney, et l'art de ne pas se laisser écraser par l'enjeu
- RTL depuis 1998 : RTL Mondiale, Route 80, Nightlist, Le Grand Studio RTL
- Philippe Labro comme mentor pour les interviews en profondeur
- L'accident de moto, la paralysie faciale et ce que ça a changé dans sa carrière à la télé
- Le Studio École de France et la transmission du métier
- La radio de demain face à Spotify : pourquoi les spécialistes qui savent de quoi ils parlent sont l'avenir
L'invité
Éric Jean-Jean commence la radio en 1980 à Bordeaux, à la Radio du Pays Blayais, grâce à un copain de lycée. Payé à partir de 1982, il passe par Studio 2000 avant que Christophe Sabot ne le repère et l'embarque à 8FM, où il anime la matinale et apprend le métier cassette par cassette. Monté à Paris en 1991 avec Sabot pour NRJ, il y construit sa réputation d'intervieweur des grandes stars musicales. En 1998, il rejoint RTL - la première radio de France - pour y animer plusieurs émissions dont Le Grand Studio RTL. Professeur au Studio École de France, il a transmis sa vision du métier à une génération d'animateurs. Il se définit comme quelqu'un qui fait tout pour que l'on voit son invité, pas lui.
Pourquoi écouter cet épisode
Éric Jean-Jean est discret. Il ne fréquente pas beaucoup les gens de radio, ne fait pas sa coquette, préfère qu'on regarde son invité plutôt que lui. Cet entretien avec Frédéric Marc est donc rare : une heure dix où il parle de lui, de sa formation, de ses doutes, de ce qu'il a appris de Sabot et de Labro, de la seule fois où Madonna l'a tétanisé.
Pour ceux qui ont grandi avec Le Grand Studio RTL ou NRJ, c'est retrouver une voix familière dans un contexte complètement différent. Pour les autres, c'est comprendre ce qui distingue un vrai homme de radio d'un annonceur de disques - et pourquoi cette différence comptera encore plus demain.